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Le Paladin gnome
Il
s'agit d'un gnome difforme, une espèce de tout petit bonhomme contrefait,
pour tout dire assez laid et affublé de surcroît d'une voix très haut
perchée, particulièrement désagréable. Plafonnant à quelques soixante-dix
centimètres, il affecte de se promener fièrement engoncé dans une petite
armure rutilante, perpétuellement brillante - il passe un temps fou à
l'astiquer chaque nuit - à laquelle on prête des pouvoirs magiques. Il a
au côté une épée courte, au tranchant remarquablement aiguisé, et très
impressionnante si on la ramène aux proportions du personnage.
Banassel le gnome voyage à dos de poney, affectant le plus souvent la
démarche du Paladin désabusé, loin de son foyer. Si on l'aperçoit au
crépuscule, on peut même se laisser abuser par ses postures très
théâtrales, avant de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un colosse caparaçonné
chevauchant un étalon de guerre, mais bien d'un gnome grimpé sur un cheval
nain.
Il a vécu un drame d'amour, dont il sait pertinemment qu'il ne s'en
relèvera jamais - sa fiancée lui a finalement préféré le fils du chef, ou
pire: elle est morte au cours de l'attaque de son village par des
serviteurs du Mal. Il s'est forgé, à travers ces épreuves douloureuses, un
mental d'acier, et a décidé de se placer toujours au service du Bien.
Ainsi il poursuit sa Quête, inlassablement, sur les chemins, désespérant
de ne jamais trouver une veuve éplorée susceptible de rechercher de
l'aide.
Il importe qu'un tel personnage croise sur son chemin une compagnie de
moralité plutôt bonne, voire carrément miséricordieuse, si le meneur de
jeu veut le voir survivre assez longtemps. En effet, le gnome est sincère,
et croit totalement en la justesse de sa Quête... II n'a hélas pas les
moyens physiques de sa politique de poursuite du Mal, et ses efforts au
combat sont assez pathétiques. Il persiste cependant à se jeter tête
baissée dans tous les traquenards et combats qui se présentent sur la
route, ou dans les auberges visitées. Il se peut même que ce soit dans
l'une d'elles, à l'occasion d'une des nombreuses rixes qu'il déclenche
bien involontairement, que les personnages joueurs lui soient venus en
aide.
Son discours larmoyant les a-t-il attendris? Est-il éperdu d'admiration
devant leur science du combat, ou leur passé aventureux? Désire-t-il se
mettre au service de l'un des leurs ou bien est-il tombé - platoniquement!
- amoureux d'une des jeunes femmes du groupe? Il s'est attaché à leurs
pas, en tout cas.
Le
magicien nain
Elfe manquant définitivement de calme et de réflexion, Faërendil s'est
rapidement attiré les foudres de son maître de magie à l'école. I1 s'était
pourtant fait admettre sans aucun probléme dans ce cours de magiciens
elfes, où l'on a vite accepté son tempérament enjoué, son caractère un peu
bohème et rêveur. N'était-il pas le plus jeune novice jamais admis au sein
de la plus renommée des écoles de magie elfe? Hélas, trois fois hélas,
Faërendil souffrait d'un besoin de connaissance dépassant très largement
le champ de ses compétences réelles. Il s'introduisit un beau jour dans le
laboratoire privé de son Maître de Magie, et chercha à s'y livrer à une
expérience jamais vue, à une grande première qui assoirait définitivement
sa réputation parmi les mages les plus célèbres de
son peuple.
De fait, il y parvint, et même au-delà de ses espérances...
Quelle manoeuvre manquée, quel désir fou fut à l'origine du désastre qui
s'en suivit? Faërendil ne le sait plus lui-même. Toujours est-il qu'une
effroyable explosion ravagea les locaux dans lesquels il se trouvait; le
laissant quasiment mort sur le sol constellé des débris de ce qui avait
été peu avant l'un des joyaux de l'école: le laboratoire du maître
invocateur... Ce dernier, dans une crise de fureur incontrôlable, conçu
une vengeance terrible. Plutôt que de le laisser mourir, il fit tout ce
qui était en son pouvoir pour ramener Faërendil à la vie, puis le
métamorphosa en nain,particulièrement contrefait. Dès lors, Faërendil le
rêveur devint l'objet de dérision de toute l'école de magie. Sa disgrâce
fut totale, il porte maintenant un fardeau physique et moral... Sa quête:
parvenir à de hauts faits d'armes, qu'il pourra aller conter à l'école, en
espérant intéresser à nouveau celui qui l'a maudit. Ou encore parvenir à
la découverte d'une source magique ou d'un secret qui lui offrira la
possibilité de revenir auréolé de prestige chez son maître de magie, et le
placera en situation de force pour négocier un retour à son aspect
«normal».
Si le « nain» est généralement peu volubile - contrairement aux autres
représentants de «sa » race - il n'en est pas moins agréable, et se
déclare prêt à toutes les expériences, acceptant tous les défis. Il est
également compétent dans son domaine, et fera donc un compagnon de route
très appréciable, surtout pour une équipe d'aventuriers souffrant
cruellement de l'absence d'un magicien dans ses rangs.
Faërendil est toutefois capable de se montrer dangereux en quelques
occasions: il souffre d'une forme particulièrement perverse de
schizophrénie, et ne sait plus vraiment qui il est (nul ne revient
impunément de l'antichambre de la mort)... Est-il cet elfe victime d'une
terrible malédiction, ou au contraire ce nain miraculeusement doué pour la
magie, au génie totalement incompris? Ainsi, il se sent irrésistiblement
attiré par les elfes, qui ne lui témoignent qu'une indifférence hautaine,
voire un mépris ouvertement affiché. Il a en revanche le plus grand mal à
côtoyer les nains qui, surpris de sa défiance, sont capables
d'agressivité. Faërendil ne supporte pas la moquerie. Il peut entrer dans
un état de rage folle s'il ressent une injustice, qu'il en soit l'objet ou
non. Si les aventuriers se trouvent dans un lieu propice à ce type de
démonstration - comme une cour envahie par des arrivistes de tous poils,
ou une place de marché où sévissent des bateleurs un tantinet «forts en
gueule», la fête peut rapidement avoir des relents aigres...
Le
Mercenaire Fanfaron
Wilhelm Goodfellow est un gaillard à la forte prestance, au gabarit
affirmé et à la personnalité... expansive. Il parle fort, s'impose avec
moult rires gras et appuyés, et fait preuve d'une certaine aisance à
tourner en dérision les situations les plus banales. Il s'attire donc
immanquablement les foudres d'une partie de son auditoire ulcéré, en même
temps qu'il conquiert les autres auditeurs.
On hésite cependant à en découdre avec lui: Wilhelm s'invente toutes
sortes d'exploits et autres faits d'armes marquants, et avoue «n'avoir
jamais fui que devant cette troupe de gobelins, alors qu'il était
seulement âgé de 15 ans, et s'était égaré seul, au coeur de la forêt
profonde, etc.». Il s'en trouve nimbé d'une aura de bravoure qui refroidit
les plus téméraires des commerçants présents généralement dans les
auberges qu'il hante régulièrement. De prime abord, il inspire totalement
confiance: élégance et charisme sont au rendez-vous, indéniables
malgré une pointe de suffisance qui fait parfois tiquer l'observateur
averti. Peu à peu, cependant, le doute s'insinue. « L'armée de gobelins»
devant laquelle il a fui devient parfois «une armée d'orques», ou «
d'hommes lézards », etc. À tel point qu'on peut finalement se demander
s'il n'a pas fui devant toutes les armées de la terre...
On a pu engager le mercenaire pour renforcer une escorte, ou parce qu'on
pensait avoir affaire à une adversité des plus musclées. Au fur et à
mesure des pérégrinations diverses et variées de la compagnie, les
personnages s'apercevront que le « guerrier » fait preuve d'une
incontestable décontraction en toute occasion. Les gobelins ont assailli
le groupe, et il a tardé à réagir? Il expliquera qu'il « a toujours su que
ses compagnons en viendraient à bout sans effort», et que, par conséquent,
« il n'a pas vu la nécessité de tirer l'épée, mais en a profité pour juger
de leur valeur au combat ». On peut lui faire confiance: il trouvera
ainsi, à chaque fois, une explication plausible, quoiqu'un tantinet
agaçante, à la longue, pour justifier son manque d'ardeur.
Pour finir, les personnages ne pourront que poser le vrai problème: sa
prétendue sagesse au combat, qui l'a maintenu éloigné de tout
affrontement, et qui lui a permis de ne répondre à aucune des nombreuses
provocations qu'il a pourtant lui même suscitées sur la route ne
serait-elle pas une forme de lâcheté? Acculé, il révèle sa véritable
nature: le combat le laisse pantois, paralysé de terreur. Souhaitons aux
personnages qu'ils s'en aperçoivent avant que la situation n'exige de
chacun le meilleur de lui-même, car les conséquences pourraient en être
terribles...
Le personnage de Wilhelm, n'est pas réellement antipathique: 1'homme est
plutôt pathétique, en fait. On pourra lui inventer une enfance
malheureuse, ou au contraire un passé douillet, dans une famille
bourgeoise qui l'a toujours placé à l'abri du besoin.
Il s'est alors décidé, dans un sursaut d'orgueil, à prouver sa valeur.
Hélas, il n'a décidément pas l'étoffe du héros qu'il s'est inventé à
travers ses lectures, ou les contes de son père, à la veillée...
Le colporteur
infernal:
II s'agit sans aucun doute ici du plus encombrant de tous les personnages:
Nicodème Allekinder est un homme ventripotent, de petite taille. Un front
dégarni encore masqué de rares cheveux, qu'il s'applique à disposer de
manière savante - quoiqu'un peu empruntée - un nez aquilin et de grandes
bajoues molles et dansantes lui confèrent une face lunaire des plus
débonnaires.
Il chausse le plus souvent des bésicles étroites, aux verres épais, pour
contempler, les sourcils froncés, ce monde flou qui le cerne. Nicodème
promène sa rondeur, sa jovialité et son sourire à travers tout le pays. Il
y est d'ailleurs connu comme le loup blanc, puisque capable de vendre à
peu près tout ce qui s'achète dans le royaume. Dans tous les villages
qu'il traverse, on l'accueille à bras ouverts comme l'attraction de
l'instant.
Il faut dire à ce propos que le colporteur se déplace sur une carriole de
bois, véritable caverne d'Ali Baba montée sur roues. Il se pose ainsi au
beau milieu de la place des villages, et n'a nul besoin d'attendre: une
foule nombreuse et enjouée vient immédiatement se presser devant son
échoppe voyageuse.

Le séducteur fou:
Jean-Jacques est un baladin humain qui se définit comme « poète, bohème et
séducteur». Il va de village en village, et de cour en cour, dispenser ce
qu'il croit être la quintessence de l'art poétique, et qui se révèle en
fait n'être qu'un assemblage de quelques petits poèmes, trop rarement
correctement tournés. I1 parvient cependant à abuser les foules
ignorantes, qu'une certaine science du langage - à défaut d'un véritable
charisme - l'autorise à fasciner. Il utilise en effet un jargon
particulièrement abscons, subtil mélange des différents patois dont il
possède quelques mots, et qu'il présente invariablement comme « la langue
des nobles, telle qu'on la pratique dans les lointaines cours des Royaumes
du Nord».
Souffrant d'un physique totalement quelconque, l'homme est pourtant
infatué au dernier degré. Il balade ainsi un air hautain en toute
circonstance, étalant perpétuellement un sourire qui se veut énigmatique,
et qui est en fait perçu comme vaguement méprisant, voire complètement
crétin.
Ce n'est cependant pas le moindre de ses défauts: Jean-Jacques est en
effet persuadé qu'il exerce sur les femmes un attrait quasi magnétique...
Le malheureux est ainsi capable de déclamer des poèmes minables, assénant
ses sonnets dès que l'occasion s'en fait sentir. Traduisez par là « dès
qu'une femme apparaît dans un rayon de dix mètres », dans le seul but
d'étaler «sa science et sa culture », qui ne brillent hélas que par leur
absence. L'homme s'acharne à toujours frôler le bon goût sans toutefois
jamais y sombrer. Un garçon de qualité, comme on peut donc en juger, mais
qui peut parvenir à s'attacher aux pas des personnages. A-t-il entendu -
il a l'oreille fine! - que les aventuriers projetaient de se rendre dans
un château où il serait susceptible d'exercer ses talents de séducteur? Il
ne les quittera plus. Les personnages comptent-ils dans leurs rangs une
femme, quelle que puisse être son apparence? Il lui faudra vérifier son
magnétisme, au prix d'efforts surhumains - pour les compagnons de la
malheureuse, s'entend. Enfin, les personnages sont-ils à la recherche de
quelque barde capable de leur apprendre des légendes nécessaires à
l'accomplissement de leur quête? Il est l'homme de la situation, car il se
targue de connaître toutes les histoires du Royaume. N'est-il pas après
tout le plus grand des bardes?
On s'en doute, le meneur de jeu aura soin de ne proposer ce type de
personnage qu'à une compagnie de moralité extrêmement bonne, afin d'éviter
le plus longtemps possible d'éveiller des instincts bestiaux enfouis au
plus profonds de leurs âmes... On peut cependant faire confiance au «barde
séducteur»: il saura les éveiller. En tout paladin excédé, il y a un tueur
qui sommeille. Si, si.
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