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Entretien avec un vampire

Ravenloft

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- Warick !
- Oui maître…

Nul bruit ne vint accompagner l’ouverture de la lourde porte de chêne. Un léger courant d’air fit brièvement vaciller les flammes de la cheminée et le dévoué serviteur fut là.

- Maître ?
- Tu peux nettoyer.
- Vous avez terminé maître ?
- Oui… et tu brûleras aussi le tapis, j’ai bien l’impression qu’il est irrécupérable.
- Bien maître…

Sans même prendre la peine d’éviter de cheminer dans le sang gorgeant la tapisserie, Valdec alla lentement s’asseoir dans un majestueux fauteuil de cuir et de bois, dont les clous d’or ne dénonçaient pas l’âge. Il faisait ainsi face au grand foyer de la cheminée.
Etrange confrontation songea-t-il… Aurais-je un jour le malheur d’être aussi vorace qu’elle… ? Elle se repaît sans discontinuer et surtout sans états d’âmes de ce qu’on lui offre à consumer… Sera ce là mon avenir prochain ?

- Maître ?
- …
- Maître.
- Hmmm… ?
- Puis je vous poser une question maître ?
- Pfffff… je t’écoute Warick.
- Maître… vous… heu… vous…
- Alors ? Parleras-tu enfin ?!
- Maître vous… il me semble que… il me semble que vous avez moins soif ces derniers mois…
- …
- Maître ?
- Oui oui Warick, j’ai entendu…

Une bûche éclata dans l’âtre et le feu sembla un instant muter en un implacable brasier… Lorsqu’elle chantait ainsi, la seule chaleur de cette cheminée semblait pouvoir rayonner dans toute l’ancestrale demeure.
Valdec s’enfonça d’avantage encore dans le grand fauteuil, toisant cette frénésie passagère qu’il n’appréhendait que trop bien. Il ne répondit à la question posée par son compagnon que lorsque les flammes eurent repris leur aspect habituel.

- C’est vrai… Il semble que depuis quelque temps la soif me brûle moins… Ou bien peut-être ais-je appris depuis tout ce temps à la maîtriser un peu et à éclipser parfois la douleur qu’elle me procure…
- Maître, savez vous pourquoi ? heu… peut être que vous allez arriver à vous guérir…
- Ho ho ! comme tu y vas mon fidèle Warick… On ne peut pas en guérir… tu le sais bien… Il y à longtemps que je te l’ais expliqué, lorsque je t’ais laissé la vie et pris à mon service…
- …
- Il n’y a qu’une seule issue, il n’y a que la mort pour me délivrer de tout cela… Et je ne suis pas prêts à mourir… Non, pas encore…. Peut être, c’est vrai, peut être vais-je être le premier à m’en sortir, MOI ! Le premier à pouvoir enfin m’en libérer sans y laisser la vie… Peut être…

Devant la cheminée le feu exaltait à présent une douce chaleur et son ronronnement habituel semblait hypnotiser le maître des lieux. Valdec se prépara avec une intention évidente de vouloir dormir dans son fauteuil.
Warick, pourtant, n’était pas satisfait…

- …
- Maître ?
- Oui ! que veux tu encore ?!
- Et bien.. heu… Votre soif alors ?
- Ha oui… La soif… Comment veux tu que je sois sûr… Depuis le temps qu’elle me brûle… J’arrive, aujourd’hui à différencier ses intensités, j’arrive maintenant à réfléchir même lorsqu’elle est très forte en moi… Je crois que certains des objets que j’ai amassés m’aident à la contrôler. Mais sans la soumettre… Peut être même un jour arriverais je à trouver ce qui me permettra de me libérer. Alors un jour nouveau naîtra enfin ! Un jour de réelle réviviscence pour tous ceux qui sont comme moi et veulent en finir !
- Maître, vous croyez… vous pensez, heu, sincèrement, que d’autres êtres de la nuit veulent heu… Perdre ce pouvoir ?

Ce dernier mot sembla frapper Valdec avec une force inouïe. Le maître se leva avec tant de puissance et de rapidité, presque avec sauvagerie, que son imposant fauteuil se renversa et que les flammes vacillèrent dans le foyer

- Pouvoir ! Pouvoir ! Tu parles de pouvoir ! Sinistre imbécile ! N’as tu donc rien compris durant tout ce temps passé à mes côtés ? N’as tu rien vu ? Que crois tu Warick ? Un pouvoir ? Le pouvoir de tuer des gens pour survivre ? Le pouvoir de tuer pour calmer la soif qui me consume par l’intérieur ?
C’est ça le pouvoir ?! Tu n’as pas vu comme je me détruits un peu plus chaque fois ?
- Maître… je… je suis navré… je…
- Le pouvoir ! quelle connerie ! depuis quand le pouvoir se résumerait à prendre une vie pour assurer la sienne… Tu peux croire que la soif est capable d’inhiber mes sentiments ? Comment es tu resté en vie alors ? Le pouvoir ? Qu’elle connerie…
- …
- Je suis maudit Warick, maudit ! Comme tous les autres ! Et sans même le pouvoir de décider d’y mettre un terme… Je n’en ais pas le courage et cela irait à l’encontre de mon but… Même si parfois je me demande si la mort ne serait pas préférable à la guérison… Je n’aurais pas alors les remords…
- Maître… je…
- C’est un véritable vortex Warick! La soif me brûle alors il faut que je tue pour l’assouvir, pour survivre. Sans même en tirer un quelconque autre bénéfice. Je tue parce que je me le dois… C’est sinistre…

Warick, tête basse, alla remuer les braises et remis deux bûches dans le foyer. Il se retourna ensuite vers Valdec, le regard empli de pitié.

- Peut être que j’arriverais un jour à trouver l’objet qui m’en sortira, ou encore un moyen que la nature à disputé à la magie, peut être… il doit exister une solution ou un ensemble, il ne peut en être autrement, je ne peux le concevoir…
- Maître… s’il existait un tel objet, avec tous les trésors mystiques que je vous ais vu amasser durant des années et des années, vous l’auriez certainement déjà trouvé…
- Ha ! pauvre Warick… si tu savais… si tu pouvais seulement imaginer le nombre d’objets fantastiques que les êtres doués de raison ont pus laisser sur ce monde au fil du temps… il ne suffirait pas même de mille vies, aussi longues soient elles, pour les retrouver… Et cela n’est rien en comparaison avec les voies que la nature, elle, a put emprunter…
- …
- Il me faut simplement trouver le bon chemin….
- Je l’espère maître… pour vous…
- Oui…

La cheminée achevait de dévorer son combustible.
L’on pouvait discerner, au travers les jointures des lourds volets d’acier fermant la pièce, se manifester les premières lueurs d’une nouvelle journée. Warick allait passer une partie de la journée à nettoyer cette pièce, brûler le tapis et le cadavre mais son premier geste fut d’aller éteindre complètement la cheminée tandis que Valdec se dirigeait vers l’escalier descendant à sa chambre…

- Bonjour maître, reposez vous…
- Bonjour Warick.

Dans sa chambre, dépourvue de toute autre ouverture que la porte donnant sur l’escalier, Valdec prépara sa couche et s’y installa avec un soupir de résignation, comme il le faisait depuis des siècles.
Un endroit solennel, sans aucune décoration ou ornement, à l’exception d’un tableau de son épouse, depuis si longtemps défunte et d’une lourde bibliothèque chargée d’ouvrages antiques.

En attendant un sommeil qui, il ne le savait que trop bien, mettrait longtemps à venir, Valdec ressassait ses pensées, ainsi qu’il le faisait à chaque coucher… mais en ce jour, elles étaient si claires qu’il lui semblait presque parler à haute voix.

Pauvre Warick... Mais brave Warick…
Il est le seul, la seule créature vivante qui n’ait pas eu ce regard d’horreur, de peur, de haine et d’angoisse lorsqu’il l’à posé sur moi… C’est peut-être pour ça d’ailleurs que je l’ais épargné… Ais-je eu pitié ? Et peut être pour ça que lorsque je lui ais demandé de choisir entre mourir sans douleur ou travailler pour moi sans espoir de s’en aller et bien il a alors choisi de rester. Sans que je ne sache jamais s’il s’agisse de curiosité ou de pitié. Il m’a pourtant vu commettre tant d’atrocités… C’est même lui qui nettoie et fait disparaître toutes les traces lorsque j’ai apaisé ma soif.
Cela fait plus de quarante ans que Warick est à mes côtés.. je ne sais pourquoi cette « relation » perdure… Il demeure, oserais je employer ce mot, mon seul « ami ».
Au fond peut être est ce lui qui à eu pitié de moi et de mon état…

Valdec ne sentait pas le froid en ce jour.
Sa soif l’avait poussé à se nourrir d’un voyageur, kidnappé à son campement le soir précédent et la soif se trouvait alors étanchée.
Il n’avait plus froid, il avait les pensées claires, il se sentait bien, repu…
Si seulement le sommeil pouvait arriver…

Cela fait presque 600 ans que je me trouve dans cette condition, que j’erre avec le seul but de m’en dégager et jamais, depuis la mort d’Everine ma femme, je n’avais tissé de liens avec personne.
Un magicien est déjà taciturne de nature… Je l’étais beaucoup…
Bientôt 600 ans que la soif me brûle régulièrement…

Ô bien sur, j’ais réussi à vaincre le seigneur qui venait d’assassiner Everine et de me mordre avant que lui même n’arrive à me tuer, parachevant ainsi son œuvre…
Je l’ai purement massacré tellement la fureur, teintée de peur et de haine, me dominait alors. De victime, je devenais prédateur en un instant, postulat que je n’appréhendais pas du tout et dont je ne me rendais pas encore compte…
Heureusement, ou malheureusement, je n’ais pas mis trop de temps à comprendre le cycle de ce mal qui me maudissait à jamais…
Les douleurs intérieures insoutenables, les réveils ensanglantés…
La déshydratation et le soleil, puis vinrent les brûlures de l’astre du jour, plus insupportables encore que celles émanant de la soif…
Les victimes qui s’amoncellent…

En tuant le seigneur de la nuit responsable de mon état, je suis parti prendre possession de tous ses biens… Château et terres, personne sur le domaine…
Le château, surtout, m’a permis de vivre, survivre, à l’abri des regards et des questions. La richesse de mon « prédécesseur », certainement amoncelée sur le dos de ses victimes, m’a servi et me sers encore aujourd’hui.
600 ans c’est long déjà, très long… Même pour un être tel que moi, vivant à l’ombre du monde.
Cherchant toujours un sommeil qui ne venait pas, Valdec tournait et retournait sur sa couche sans que cela n’altère le fil de ses pensées.
Parfois il pensait à sa femme, qu’il souhaitait retrouver dans la mort pour un cheminement infini… Mais il ne pouvait se résoudre à mourir avant d’être libéré.

Pauvre Warick… Que sais tu, toi, de ce qui est ou n’est pas… Et moi ?
Je sais qu’il existe un moyen, il doit en exister un… Il ne peut en être autrement !
Cela fait plus de 300 ans que je me suis mis à sa recherche, depuis qu’apaisant ma soif sur un imprudent riche visiteur malvenu, j’ais trouvé mon premier objet magique….
Je me suis demandé tant et tant de fois pourquoi il n’y en aurait pas un qui puisse me libérer ???
300 ans qu’un gisements de pierres précieuses sous le château me sert à acheter tous les supports magiques dont je peux croiser la route… de gré ou parfois de force… que m’importe après tout…
j’ai même engagé, sous couvert de Warick, des « espions » qui localisent pour moi les objets susceptibles de m’intéresser, que je peux ensuite acheter… Mais rien à faire jusqu’ici….
Je me moque du prix ! Je me moque de la manière de l’obtenir ! Je suis sur qu’un jour je tomberais sur l’objet qui me permettra de me sortir de cet état, alors que ma propre magie, ni aucune autre, n’y est parvenue. Je me moque de la façon dont je puis obtenir la solution !
Mon existence est désormais vouée à cette recherche…

J’y arriverai !

La richesse, la puissance ou même le pouvoir ! Aucun ne peut m’apporter la délivrance, aucun ne peut calmer la soif qui me dévore lorsqu’elle vient… aucun !
J’arriverais a trouver le moyen de me défaire de ce mal qui me ronge, même s’il me permet de survivre depuis quasiment six siècles…

Comme à chaque fois que le sommeil le fuyait trop longtemps, Valdec fini par se lever. Il laissa errer son regard sur le portrait d’Everine, sur les innombrables ouvrages ésotériques qui s’entassaient sur les étagères de la bibliothèque…
Toutefois il n’en pris ou ouvris aucun… il restait tout à ses pensées…

- Ha mon cher Warick… il n’y a pas de vérité, pas de mensonge. A l’extrême, il n’y a pas de bien, pas de mal, tout est question d’opinion…
Je n’afficherais la mienne que lorsque j’aurais trouvé le moyen… Alors s’il marche pour moi, marchera-t-il pour les autres ?

A ce moment tu verras Warick, tu pourra dire qu’en ce lieu de misère ou ne règne que malédiction et mort, est enfin né quelque chose de noble. Se sera alors le temps de la chasse ouverte aux autres vampires, ceux qui en profitent, en jouissent ou encore ceux qui y voient l’avènement de leur race…

Valdec écumait… il était presque rendu au point ou il allait hurler sa colère… Il n’en fit rien. A quoi cela aurait il servi…? Cela lui était déjà arrivé tant de fois… Espérant qu’enfin le sommeil parviendrait à le rattraper, Valdec reparti s’allonger sur sa couche.

Bien sur ce sera dur et difficile, c’est un projet ambitieux, pour ne pas le qualifier d’irréalisable… Un sacerdoce… ha ha ha… tu en rirais mon fidèle compagnon.
Nous vivons dans un monde où la méfiance s’impose comme un art de pensée…
Tant de cultures, de races, de croyances différentes et qui, toutes, craignent l’autre…
Comment crois tu que vit un seigneur vampire… ? aussi riche, aussi puissant soit il ? hein ? et bien il a peur, oui, il à peur et il se terre ! Aucune richesse ne peut protéger contre la vindicte populaire.

Notre monde nous enseigne que l’autre est forcément hostile. Alors imagine Warick , imagine la réaction d’un homme qui est déjà, par nature, éduqué dans la peur de l’inconnu, imagine sa réaction si en plus tu lui indique que l’inconnu ne survit qu’en tuant les semblables de l’homme…
La chasse au vampire deviendrait une activité dans laquelle s’investiraient l’ensemble des peuples du monde…
Il ne le faut pas ! il faut laisser au temps la possibilité d’enfanter son propre remède.

Et vois tu Warick, j’espère bien que ce remède, ce sera moi. Je dois trouver l’objet magique, la solution efficace qui me permettra de mettre un terme aux agissements de mes semblables… je le dois… à mes victimes…

Peut être un jour, Warick, peut être un jour verras-tu cela…

Le soleil était certainement déjà haut. Heureusement le château se trouvait assez isolé pour que personne ne s’étonne de la noire fumée qui sortait d’un conduit de cheminée. Warick terminait de détruire les vestiges du dernier repas de son maître.
En son fort intérieur il le plaignait, en redoutant toutefois la prochaine fois ou la soif pousserait son maître –son ami- à tuer un homme…

Dans le château, où les quelques personnes formant le personnel venaient de prendre leur métier, personne ne s’étonnerait de ne pas voir le seigneur du domaine… il était, disait-on, parti pour un très long voyage. Et puis Warick, le régisseur, était quelqu’un de juste, compétent et disponible…

Valdec venait de s’endormir.

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DnD 2013

 

Auteur: JMDBAB