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Les Sans-Chair

Mémoire d'une vieille lame

 

 

 

 

 

 La caverne était sinistre. Je ne pouvais me défaire de l'impression qu'on allait se fourrer dans un sale pétrin. Hier au soir, gagné par un de ses accès de philanthropie dont il est parfois la victime. Faz avait lancé un sort de Musa, qui lui permet de détecter, à plusieurs lieues à la ronde, les personnes qui ont un besoin urgent d'aide. Quelques instants plus tard, il disparut tout excité dans la nuit, pour en revenir un lapin à la main: il était arrivé trop tard. Mais il avait aussi détecté une vaste "zone sinistrée" (c'est son expression !) dans des contreforts rocheux, à l'est. C'est vers cette direction que nous nous dirigeâmes à l'aube.


Les collines "sinistrées" étaient désertiques. A part quelques scorpions et deux ou trois tarentules, je ne voyais pas qui pourrait avoir besoin d'aide. Mais Faz s'obstinait. Nous arrivâmes soudain devant l'entrée d'une grotte. Elle était aussi engageante qu'une porte de cachot ; Faz, tout joyeux, s'engouffra à l'intérieur. Cela faisait bien deux heures que nous marchions au hasard, perdus dans des tunnels sans fin, lorsque nous débouchâmes dans l'immense caverne. Elle était vaguement éclairée par des phosphorescences sur les parois, mais j'aurai préféré ne rien voir. Une armée de squelettes me regardait.
Mon premier réflexe fût de fuir, mais Faz mien empêcha en me saisissant le bras. "Ces squelettes ont besoin de nous" affirma-t-il. Il y a des moments où je doute de sa santé mentale. Un des squelettes nous fit signe de le suivre. Nous traversâmes à sa suite l'immense caverne et pénétrâmes dans une petite salle, chichement éclairée. Assis sur un trône d'os, Férobia II roi des squelettes nous attendait. Il se leva avec un grincement pour nous accueillir. "C'est la peste qui vou
s envoie !".

 

J'appris plus tard que la peste, surtout noire, était vénérée comme une puissante déesse par les squelettes. Mais sur le moment je ne me sentis pas très bien. 'C'est une grande joie de vous connaître. Ô délicieux Fémur-Rotule-Tibia II !". Faz. lui, semblait très à l'aise, mais je me demandais comment il connaissait le nom complet du roi. "Votre arrivée à tous deux va peut-être sauver le peuple des "Sans-Chair ". Car apprenez, vivants, que le royaume Osseux est menacé ; oui, menacé.". Le vieux squelette se rassit avec un grincement, et sur son crâne ridé on pouvait lire toute la peine du monde. "I1 y a très longtemps, alors que nous étions tous encore de jeunes et fringants morts-vivants, une guerre stupide nous opposa aux zombis. Les Sans-Chair et les Putréfiés ne s'aiment guère. Nous finîmes vainqueurs, chassant les zombis hors de notre royaume. Mais ils nous maudirent. Et cette malédiction, terrible, s'abat sur nous tous aujourd'hui !".

 

Le ton du roi squelette s'était fait pathétique. Il se leva et commença à secouer ses os dans tous les sens; cela faisait un bruit affreux qui vrillait les nerfs. Sa mâchoire se décrocha brusquement et vint rouler à terre. Il la considéra avec effarement. Il tentait vainement de parler. Ses gardes se précipitèrent et la raccrochèrent. "Nous rouillons !!!", hurla-t-il, hystérique.


Avez-vous déjà essayé de refuser quelque chose à un malade ? Difficile, n'est ce pas ? Jusqu'à présent, je n'avais guère eu de sympathie pour les squelettes. Mais là, c'était différent. Férobia nous fît visiter l'infirmerie. Elle était pleine de grincements et de pauvres diables amputés; on ne reconnaissait plus les squelettes des tas d'os inutilisables. C'était dramatique. Peut-être suis-je un sentimental, au fond. Toujours est-il que seuls de véritables êtres humains bien vivants pouvaient lutter contre cette malédiction.

J'acceptai. Nous nous mîmes en route le lendemain, Faz et moi.

 

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Par Jherek